Cas désespéré

LA TRISTE HISTOIRE DU DOCTEUR JOLY

Depuis son plus jeune âge, Pascal Joly n'a jamais eu à se poser de questions à propos de son avenir. Il serait médecin comme son père et son grand - père. En 1964, il a 22 ans et ne pense qu'à ses chères études. Il ne sait pas encore que sa vie va basculer avec l'arrivée de Gro Farseth, une petite tornade blonde aux yeux bleus, la nouvelle fille au pair de la famille Joly.

Deux ans plus tard, ils sont mariés et vivent dans un petit studio près du Panthéon. Pascal finit ses études et Eva -son deuxième prénom, parce que Gro, en français...- travaille comme secrétaire la journée et poursuit ses études de droit le soir.

En 1973, la petite famille s'installe dans l'Essonne. Pascal s'établit comme médecin généraliste à Saint-Vrain, Eva trouve une place de conseil juridique dans un hôpital psychiatrique de la région. En 198l, elle passe le concours extérieur de l'Ecole de la Magistrature.

Pascal, lui, devient une figure de Saint-Vrain, petit village tranquille de l'Essonne. Il voit de moins en moins sa femme trouver le temps de soigner ses rosiers En 1982, elle est substitut à Orléans. En 1983, substitut à Evry. Et en 1992, elle intègre la Galerie Financière du Palais de justice de Paris. En 1999 elle y est nommée premier juge et ne se promène plus qu'avec deux "rambos".

"Cette année là, se souvient Didier, le fleuriste de la place de l'Eglise de Saint - Vrain, le docteur Joly est venu me commander un bouquet pour la Saint Valentin. Il m'a demandé de les livrer à sa femme, dans leur maison de Lardy en me disant de faire attention, de bien dire que je venais de sa part, de Pascal. Arrivé chez eux, les deux cerbères qui étaient devant la porte m'ont ordonné de poser le bouquet et de partir. Le lendemain matin, lorsque le docteur est passé devant la boutique, je lui ai raconté la scène. Il a éclaté de rire. "

Les deux enfants du couple Joly sont grands : Caroline, la fille, est avocate, le fils, Julien, finit des études d'architecte. Le docteur Joly mène son bout de vie, tranquille, loin des médias et de la vie agitée de son épouse. Aimé de ses patients, i1 surprend ceux-ci en stoppant brusquement toute activité en octobre 2000, à 58 ans.

"Il est passé devant ma boutique, je lui ai dit alors Docteur, on est en retard, les patients vont attendre ! Il m'a répondu, amer, que les patients n'attendraient plus longtemps car il fermait le cabinet deux jours plus tard. Cela m'a choqué. Je lui ai dit qu'il allait pouvoir profiter de sa retraite. Mais la façon dont il m'a répondu m'a surpris : on va essayer mais rien n'est moins sûr ! Son cabinet est â 20 mètres du magasin, je le voyais tous les jours et je n'étais pas au courant. Et le docteur Joly a disparu. Il passait. bien sûr au village, de temps en temps.

Une de mes clientes m'a expliqué qu'elle l'avait vu à l'hôpital à Villejuif il y a quinze jours. Pâle, amaigri, lorsqu'elle lui a demandé si il allait bien, il avait répondu : pas fort en se moment avant de tourner les talons."

Un suicide tenu secret et un enterrement en deux actes

Tout cela, je me le suis rappelé lorsque j'ai appris par une de ses voisines qu'il s'était suicidé dimanche dernier. dans la soirée, elle a vu les pompiers puis les gendarmes et le SAMU devant leur pavillon ".

Vendredi 2 mars 2001, église de Saint-Vrain.

Foule nombreuse. Dans la boutique du fleuriste, une cliente effondrée achète une fleur avant la messe d'enterrement, la cinquantaine, brune :

` Je l'ai eu au téléphone 48 heures avant qu'il fasse cela, qu'il se suicide, il était au bout du rouleau. Il est mort seul et abandonné de tous ! "

Surprenante réunion que celle qui se passe ce jour là au cimetière… Eva Joly, digne, pas effondrée du tout, y serre les mains de dizaines de collègues des institutions judiciaires parisiennes, dont d'ailleurs le Procureur Davenas. A part l'actrice Sylvie Joly, sœur du défunt, aucun membre de la famille directe du mari de Mme Joly est présent. Auraient-ils donc laissé enterrer leur fils, frère, beau frère, oncle, cousin etc sans se rendre à la cérémonie ? Ou est-ce que nous sommes en présence d'un second enterrement, pour la galerie ? D'une cérémonie de famille déchirée ? Lourd silence de plomb, tout comme il y eut ce silence de plomb ayant pesé sur le suicide de Monsieur Joly.

:58:

James se morfond dans sa cellule de prison jeunesse pendant que son petit frère Tony, 9 ans est en désintoxication. Il essaie de comprendre comment lui et Tony ont pu se retrouver dans l'univers de la drogue. Puis il a un flash, il se souvient...

En secondaire 1, le gang c'est important et pour James c'est une réussite complète, son gang à lui c'est Kelly, Iza, Miguel et Sim. Kelly a 15 ans, c'est le gars le plus populaire de l'école, il est dans LA classe des durs. Cette classe reçoit ceux qui ont fini leur secondaire un mais qui sont trop délinquants pour aller en 2 régulière. Iza, c'est la blonde de Kelly, elle est en secondaire un normal. Miguel et Sim sont les deux meilleurs amis de l'école, ayant 16 ans, ils sont les plus vieux de cette école pour secondaire 1 et élèves à problèmes. James ne sait pas trop pourquoi ils sont les plus populaires mais ça ne le dérange pas vraiment. En plus, il a seulement 12 ans. Une seule chose le dérange, ses amis fument mais tant qu'ils ne l'obligent pas...

James n'oubliera jamais le 9 Octobre, il a été invité à une party chez Miguel. Il va coucher là... Il arrive vers 7 heures du soir et reconnaît aussitôt ses amis.
-Salut James !! On s'en allait justement dehors, tu viens ??
-Ouais Sim
-Good viens !
Ils allèrent dehors et Sim lui présenta les autres ados. Puis un gars nommé Ted alluma un joint de pot et en prit une poff, puis il la fit passer à un autre gars qui la passa à l'autre... Finalement, le joint arriva à James, il décida d'en prendre une poff, après tout, çà n'a jamais tué personne... Il se sentit bien, alors il décida qu'à l'avenir, il en prendrait une poff quand on lui en offrirait... Quand le joint fut fini, les ados retournèrent dans la maison. Tout allait bien, vers minuit, kelly et Iza allèrent dans la chambre de Miguel...
- Qu'est-ce qu'ils font ?? demanda James à Sim
- Kelly veut savoir si elle est assez bonne pour lui, toi aussi tu devrais te trouver une blonde...

Le reste, il l'a oublié, il se souvient juste que sa mère est venue le chercher le lendemain vers midi. En tous cas, l'important c'est qu'aujourd'hui, c'est lundi et il va voir ses amis. En arrivant à l'école, ils discutent de la soirée, Kelly et Iza ne sont plus ensemble. Puis ils lui apprend la raison de leur popularité : " Maintenant que tu fais vraiment partie du gang (il faisait allusion au joint), tu peux savoir certaines choses, Kelly est le plus gros distributeur de toutes les sortes possibles de drogues de l'école. "

Ca fait deux mois que cette phrase a été prononcée et depuis ce temps, tous les jours James prend un joint, des pillules ou d'autres drogues dites douces. Mais son petit frère déprime de plus en plus et vient le voir de plus en plus souvent, un jour pendant que James fumait en cachette, Tony le découvre, il lui demande une poff pour essayer... sinon il le dénoncera... Tony venait de fêter ses 8 ans... Il aima çà alors il fume maintenant tous les jours avec son frère, son idole... Il pense qu'il n'y a rien de mal à çà alors il le fait... Depuis un mois, toutes les semaines, Miguel emmène les restes de Ritalin de son petit frère, au début, James n'en prenait que la moitié et donnait le reste à Tony mais maintenant, ça ne fait plus effet... James passe toutes ses fins de semaine chez Miguel.
Il se fait même une blonde, Titine 14 ans, elle a les cheveux rose vif et en plus, il a le nombril percé.

Miguel les invite un soir et leur prête sa chambre. Malgré le fait qu'il ne se sent pas prêt, il le fait car d'apres Miguel, c'est cool. Il se sent mal mais ce n'est pas important... Pour arrêter de se sentir mal, il prend de plus en plus de drogue...

Son petit frère a 9 ans et est dépendant autant que James lui même quand il se font arrêter, la raison ??

Mon idole
Travail de français fait par Tony Bumb

Mon idole c'est mon grand frère, James. j'aime bien quand il me donne un joint de pot ou une pillule de Ritalin. C'est un super frère. Je l'appelle mon JaJa mais pas devant ses amis. Finalement, quand je serai plus grand je veux être comme lui !!

Le petit ne savait pas que c'était mal alors il s'en vantait... Présentement, il est en désintoxication et James en prison. Kelly est mort par la faute de la drogue et Iza s'est sucidée en s'injectant la dose fatale...

:58:

Une soeur disparue, pas de corps, pas d'indice. Mais quel est le secret des jumelles M. Munro ?

Trois coups à sa porte. Cette fois, c'est lui. Maeva sait qu'il a compris et qu'elle ne pourra pas le laisser partir. Mais elle connaît aussi la raison de sa présence, elle en a autant envie que lui. Alors elle le laissera respirer encore le temps d'une nuit.

Tout avait commencé sous la chaleur caniculaire du mois d'Août, alors que je tentais vainement de profiter de la climatisation faiblissante. Confortablement vautré au fond de mon vieux fauteuil, je pestais et maudissais ces vacances voleuses de clientèle, qui me laissaient toujours trois mois sur la paille. Le miracle survint alors vers dix heures trente, sous la forme d'une jeune femme brune à la silhouette digne de Marilyn. Seul lui manquait, et c'était bien dommage, un sourire éclairant son visage.
Après les salutations d'usage elle se présenta : Maeva Munro, dont la venue était motivée par la récente disparition de sa sœur jumelle Mathilda. Ainsi dorénavant mon statut de chômeur caniculaire laisserait place à nouveau au respectable poste de détective privé que j'occupais le reste de l'année. La tâche était simple : retrouver une demoiselle aux mensurations alléchantes si j'en croyais sa copie conforme en face de moi... Et empocher un salaire confortable, puisque de toute évidence la cliente roulait sur l'or.

Assis l'un en face de l'autre à la lueur des chandelles, ils se jaugent du regard. Lui, cherche à savoir si elle avouera avant ou après... quoique sa tenue laisse plutôt présager un bon moment de plaisir avant les mots. La garde à vue promet d'être agréable. Elle, cherche son talon d'Achille. Tuer un homme si vigoureux risque de s'avérer difficile...

Le dernier ayant aperçu Mathilda était un vieux clochard appelé Bottle Bill. Il dormait sous un pont comme à son habitude, et d'un coup, il fut surpris par le silence soudain des grillons. "Le boucan des bêtes s't'arrêté comme ça, ça m'a réveillé su'l'coup, m'sieur." Suivit une voix féminine provenant du dessus du pont. "Macabre, c'te voix, comme une qui marche en dormant, comme un fantôme, chais pas si'ous voyez..." Et enfin, la chute. "Une chose qu'est tombée dans l'eau et a coulé net, comme j'vous l'dis m'sieur." Le fait fut signalé à la police, la rivière envahie de plongeurs, mais pas un corps n'a été trouvé. Bottle Bill eut beau jurer par tous les diables que c'était la vérité, pas l'alcool, mais personne ne l'écouta et il passa la nuit au poste. Quand j'arrivai avec mon signalement de la disparue, il fut le premier à répondre qu'il ne pouvait s'agir que d'elle, la fille du pont, que les courants avaient dû emporter. Mais les recherches suivantes n'aboutirent à rien.
En quête de résultats, Maeva m'attendait tous les jours sur la banquette devant mon palier. Elle refusait de se résigner à la mort de sa sœur, non prouvée en l'absence du corps. Mais je n'avais rien à lui apporter. Néanmoins dans cette période nous fîmes plus connaissance, nous trouvâmes des affinités et je l'invitais même à dîner. Une soirée délicieuse que j'aurais aimé voir s'éterniser mais le temps nous fit faux bond et nous condamna à séparation... au moins jusqu'au lendemain.

Arrive le dessert : sorbet citron nappé de chocolat noir. Durant tout le dîner, les regards ont remplacé les mots, le silence reste complet. Il savoure ce moment et comme auparavant, tente de le faire durer le plus longtemps possible. quant à elle, elle sait à présent où elle devra frapper. Mais la nuit peut encore durer...

Le jour vint ou je dus faire porter disparue l'autre moitié de ma cliente. C'était exactement un an après sa première visite. Toutes les recherches avaient été vaines, pas de corps, pas de mort. Le notaire réclamait cependant un papier officiel pour remettre ses biens à l'unique légataire qu'était désormais Maeva Munro. Les signatures furent apposées aux endroits voulus, le testament lu et reconnu : ma cliente, dernière Munro, disposait de toute leur fortune. Nous fêtâmes l'événement au restaurant, que je pus enfin payer dignement grâce à mon nouveau salaire. Je présageais déjà une fin de soirée agréable, m'imaginais cette superbe jeune femme, chez laquelle le sourire revenait progressivement, s'abandonnant à moi avec plaisir. Mais ce soir-là je ne fus pas exaucé.
Chez elle il faisait chaud, comme l'année précédente. Je m'installai, connaissant les lieux, me servis à boire alors qu'elle allait à la salle de bain se mettre à l'aise. Des images défilaient en moi, essayant de me figurer quelle tenue elle porterait à son retour... quand elle se mit à hurler. J'accourus, et le découvris nue, recroquevillée dans un coin carrelé de marbre, et lui mis une douce serviette sur les épaules. Mais la frayeur l'avait rendue hystérique, j'appliquai alors le seul moyen connu face à cette extrémité : une bonne gifle la calma immédiatement. Complètement hébétée, elle leva son doigt vers le miroir, bégayant avec peine : "elle est revenue... Elle... Elle était là !!"
La glace ne me rendit que mon reflet, et je mis sa peur sous le coup de l'émotion. Je l'aidai à se relever et dus écarter le rideau de cheveux qui lui cachait le visage pour pouvoir essuyer ses larmes. Cependant à cet instant un détail me frappa : son regard, que j'avais jusqu'à présent connu timide mais néanmoins volontaire, avait alors une expression toute différente, comme de pure méchanceté. A bien y regarder, le reste du visage arborait alors la même expression, jusqu'au sourire empreint de cruauté qui étirait le coin gauche de ses lèvres. De plus elle était alors d'une pâleur effrayante. Rien dans ce nouveau visage ne me rappelait Maeva.

D'un geste unique, parfaitement synchronisé, ils se lèvent et contournent la table. Face à face, se noient l'un dans l'autre. Et toujours enlacés, se laissent tomber sur le lit. Plus question d'aveux, plus question de tuerie, tout ça c'est pour la fin. Or là... ce n'est que le commencement.

Quand elle fut enfin endormie, je tentai d'oublier cette autre femme qui me faisait face auparavant. Cet ange allongé là ne pouvait pas avoir de tels regards, de tels sourires... impensable. De retour dans la salle de bain, je fixai à nouveau la glace, comme y cherchant une réponse. Qui d'ailleurs ne vint jamais. Une photographie des deux sœurs, accrochée au-dessus du miroir, attira mon attention. L'une en face de l'autre, appuyées sur leurs mains, elles souriaient à l'objectif. Mais un détail de cette image me chiffonnait : une tache blanche au milieu, comme un flashe sur du verre, qui pouvait être une mauvaise impression mais laissait quand même un doute quant à sa provenance. J'emportai la photo, laissai un mot et sortis.
De retour chez moi je fis quelques recherches au sujet de cette famille aux filles si étrange, et ne trouvai de données que sur le père, gérant d'une grande société d'import-export, et sa femme, ancienne actrice reconvertie aux bonnes œuvres. Rien qui concerne les deux filles. Je repris la photo et l'observai, longtemps, sans relâche, à la recherche du détail que j'aurais pu négliger... Et trouvai. Il n'y avait sur cette photo qu'une personne, aux mains appuyées sur un miroir, mais étrangement, le reflet avait un autre visage. Ainsi, poussant plus loin ma recherche sur la généalogie Munro, je compris.
Le lendemain je téléphonai à Maeva. Elle semblait encore endormie quand elle répondit. Je lui suggérai un dîner chez elle, prétextant qu'elle risquait de se fatiguer trop vite si nous sortions. Elle accepta, donna rendez-vous à 19 heures.

- Il a appelé. Il sait.
- Eh bien il faudra le réduire au silence.
- Non, Mathilda, je t'en prie... pas ça. Tu n'en as pas assez de tout ça ? Après tout le mal que tu m'as fait... J'étais seule pendant un an, c'était un vrai calvaire, et il a été le seul soutient. Je ne veux pas le perdre, s'il-te-plaît...
- C'est trop tard. Trop tard pour lui, trop tard pour toi. A présent que je suis revenue, je vais exister, tu ne pourras rien, il ne verra rien.
- Non, ne fais pas ça !! Mathi...
- Adieu Maeva. Moi aussi je t'aimais.

Mathilda n'avait jamais existé. Ou du moins pas physiquement. La pauvre Maeva souffrait de schizophrénie aigue, elle parlait à son reflet en croyant voir sa sœur. Jamais ses parents n'avaient compris, ils avaient cru à son imagination fertile. Le rapport de la psychologue scolaire de la jeune Maeva précise cependant qu'il était fréquent de la voir parler seule dans la cour de l'école, scènes qui dégénéraient souvent quand ses amis s'en moquaient. Ma décision était donc de tenter d'éclairer l'esprit de Maeva, et en cas d'échec, la faire conduire à l'institut spécialisé le plus proche. Durant cette année j'avais fini par tomber amoureux d'elle et ne voulais pas la voir souffrir plus que nécessaire. C'est sur ces réflexions que je sonnai une dernière fois à sa porte, certain d'arriver à la faire revenir.

Voilà près de quatre heures qu'il était entré chez elle. Elle l'avait accueilli avec le sourire de Maeva, ils avaient dîné, ils avaient fait l'amour. Et il l'avait reconnue. Mais le couteau a transpercé sa nuque avant qu'il ait pu prononcer son prénom. Maintenant qu'elle était là, libre, qu'elle existait vraiment, enfin, Mathilda allait enfin commencer à vivre.

:58:

Alger, mon coeur saigne quand je pense à toi !

Je vais vous raconter une histoire vraie, une histoire qu'elle m'est vraiment arrivée, même que ça n'est pas des histoires, parce que une comme ça, ma parole, j'oserais pas l'inventer tellement elle est triste et tellement elle est vraie.

Un soir de 1986, j'étais dans le bus à Paris, je rentrais du bureau. Derrière moi, il y avait deux filles, deux petites cailles, dont je sentais (voir et entendre) qu'elles étaient de mon pays. Et justement, elles parlaient du pays, elles parlaient de l'Algérie, elles parlaient des dernières vacances qu'elles avaient passées au bled.

La première dit : "Moi, j'aime aller au bled, parce que ici en France, les gens ils nous regardent de travers, même si on vit en France depuis longtemps, on sent bien qu'ils ne nous aiment pas ; alors les vacances au bled, c'est bon pour respirer, pour parler arabe, pour voir la famile, etc ..."

La deuxième, elle écoute, et elle répond : "C'est vrai, le bled c'est sacré ; mais les gens qui sont restés à Alger, quand ils nous voient arriver, ils nous traitent de riches, de "ouroubiyn", de profiteurs, ils traitent les filles de filles de rien, etc ... alors moi, cette année c'est la dernière fois que je vais au bled, ça me fait trop mal".

Et moi, caché derrière mon anonymat d'Européen, j'écoutais, et j'avais mal pour ces deux filles qui disaient comme ça, simplement, qu'elles n'avaient plus de pays, parce que quand on a deux pays à moitié, on n'en a pas un en entier ; et je n'ai rien dit.

J'aurais dû leur dire que j'étais comme elles, mais à l'envers ; que la seule différence c'était que en France j'étais français "direct" ; j'aurais dû leur dire que j'avais souffert à l'aéroport ou au port d'Alger quand je voyais les douaniers algériens s'acharner sur les bagages des "émigrés" (les "migris"), alors que moi avec ma carte de résident je passais comme une lettre à la poste.

Et je n'ai rien dit ; je suis descendu à mon arrêt, et je suis rentré chez moi, en pleurant un peu. Toute ma vie, je regretterai de ne pas avoir eu le courage de leur dire : "bonjour, je m'appelle Alexandre, je viens d'Alger moi aussi, je comprends ce que vous ressentez, je vous ai vues à l'aéroport, avec vos valises ouvertes, je vous ai vues en France, qu'on vous passe devant ; alors venez boire un verre et manger un couscous avec moi, quand on est trois pour pleurer, ça fait moins mal".

Non, je suis rentré chez moi, et ce soir, je pleure encore.

Alors merci Hanifa, merci Hassiba, merci Djamila, merci Hamid ; nous n'avons qu'un seul pays, El Djezaïr, nous n'avons qu'un coeur, fasse Dieu qu'il soit toujours assez grand pour nous loger à tous ; habb' rabbi !

FIN:((













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Dernière mise à jour de cette page le 17/06/2004
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